Haut-Uele : le Parc National de la Garamba, dernier refuge des girafes en RDC, une fierté et un exemple de renaissance

Le Parc National de la Garamba,un patrimoine mondial situé au nord-est de la République démocratique du Congo, incarne aujourd’hui l’un des récits les plus inspirants de la conservation africaine. En avril 2025, les équipes du parc ont estimé à 105 individus la population de girafes du Kordofan, la seule sousespèce présente en RDC et l’une des plus menacées du continent. Selon le rapport State of Giraffe 2025 de la Giraffe Conservation Foundation (GCF), il ne reste qu’environ 7 037 girafes du Nord à l’échelle mondiale, ce qui fait de Garamba un bastion vital pour leur survie.

Dans les années 1970, près de 350 girafes parcouraient encore le complexe de Garamba. Mais les décennies de conflits armés, de braconnage et de dégradation des habitats ont réduit cette population à seulement 22 individus en 2012. Ce déclin dramatique aurait pu signer la fin de l’espèce dans le pays. Pourtant, grâce à une mobilisation sans précédent et à un partenariat solide, la tendance s’est inversée : 70 girafes confirmées en 2021, 92 en 2024, et désormais 105 en 2025. Cette progression illustre une renaissance exemplaire, saluée par les acteurs de la conservation.

Ce succès est indissociable du partenariat entre Garamba et la GCF. Depuis 2022, les deux institutions travaillent main dans la main pour protéger les girafes du Kordofan. En 2025, leur collaboration a été renouvelée pour trois ans, apportant un soutien financier et technique essentiel. Cette alliance internationale a permis de renforcer la surveillance, d’introduire des innovations scientifiques et de donner à Garamba les moyens de devenir un modèle de conservation.

Aujourd’hui, les girafes subsistent dans deux groupes géographiquement séparés : l’un dans le secteur sud du parc national, l’autre dans le domaine de chasse de Gangala na Bodio. Cette fragmentation rend d’autant plus cruciale la compréhension de leur santé génétique et la planification de leur avenir. Pour répondre à ce défi, Garamba et la GCF ont lancé un protocole inédit de suivi aérien dédié aux girafes, grâce à l’avion Savannah.

L’objectif est ambitieux : observer au moins 80 % de la population tous les six mois. Les premiers résultats sont prometteurs : un taux de détection de 89 % et une médiane de quatre observations par individu en un an. À notre connaissance, il s’agit de l’un des premiers systèmes de suivi aérien conçu spécifiquement pour les girafes.

Parallèlement, 35 biopsies cutanées ont été collectées, dont 27 sont en cours d’analyse en Allemagne. Ces études, facilitées par la GCF, permettront d’évaluer la diversité génétique, les risques de consanguinité et la viabilité à long terme des deux noyaux reproducteurs. Les résultats guideront les décisions futures en matière de gestion et de conservation. Comme le souligne l’UICN, connaître l’ADN d’une girafe, c’est comprendre les racines de sa résistance et offrir à cette population un avenir plus sûr.

Au‑delà des chiffres, Garamba incarne un message universel : lorsque science, institutions et communautés conjuguent leurs forces, la vie reprend racine. Lentement, majestueusement, silencieusement. À l’occasion de la Journée mondiale de la girafe, le 21 juin, Garamba rappelle que la survie de cette sous‑espèce menacée dépend de la vigilance collective. De 22 individus en 2012 à 105 aujourd’hui, l’histoire des girafes de Garamba est celle d’une résilience remarquable, d’un refuge unique en RDC, et d’une promesse que science, innovation et partenariats peuvent inverser le cours du déclin.

Par Richard Mumbere Kalayi, responsable de la communication du Parc National de la Garamba

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