Au Parc National de la Garamba, la Journée internationale de la femme n’a pas été une simple célébration symbolique. Elle s’est transformée en une véritable tribune où santé, droits et biodiversité se sont entremêlés dans une histoire collective de sensibilisation et d’engagement. Deux activités majeures ont marqué ce mois de mars : un séminaire sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et un atelier sur le rôle des femmes dans la justice et la gestion durable de la faune et de la flore. Ces moments d’échanges se sont achevés par une visite émouvante au sanctuaire des rhinocéros, rappelant que la protection de la vie, humaine comme animale, est une mission partagée .
Santé des femmes : un séminaire porteur de vie
Le 10 mars 2026, l’hôpital du Parc a vibré au rythme des voix féminines venues de tous horizons : épouses d’agents, personnel du PNG, femmes des communautés riveraines. Plus précisement 242 participants parmi les quels 229 femmes (soit 94,6 %) et 13 hommes (soit 5,4 %) ont répondu à l’appel du Dr Patricia Mosunga, cheffe du département de santé du Parc. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une minute de silence a été observée en mémoire des collègues récemment tués au Parc d’Upemba, rappelant que la santé et la vie sont des biens fragiles, souvent menacés.
Le séminaire a décortiqué les IST sous toutes leurs facettes : causes, modes de transmission, méthodes de prévention, importance du dépistage et conséquences d’une prise en charge tardive. « Éduquer une femme, c’est éduquer une nation », a insisté Dr Patricia, invitant les participants à devenir des relais de sensibilisation auprès des autres femmes, des jeunes filles, des adolescents et adolescentes, et des partenaires masculins. L’objectif était clair : faire de chaque femme une actrice de prévention en collaboration avec les hommes pour réduire la prévalence des IST et garantir un avenir sain à la jeunesse.
Les témoignages ont donné une dimension humaine à ce plaidoyer. Madame Atosha Charly, écogarde, a retenu l’importance des examens réguliers et a recommandé d’intégrer le planning familial dans les sensibilisations. Thérèse Mokobe, animatrice, a partagé son expérience : « Ce séminaire m’a appris qu’il ne faut rien négliger. Quand on refuse de se faire examiner, on met en danger ses enfants et toute sa communauté. » Ces paroles, empreintes de sincérité, ont transformé la salle en un espace de prise de conscience collective.
Même les aspects pratiques ont été abordés. L’infirmier Timotée a rappelé l’importance de l’hygiène des outils, des maisons, des cuisines et des toilettes pour prévenir non seulement les IST mais aussi d’autres infections. Ainsi, la santé est apparue comme une responsabilité partagée, où chaque geste compte.
Femmes et biodiversité : un rôle central affirmé
Le 14 mars, les femmes du Parc se sont retrouvées pour un atelier sur « Droit, justice et action des femmes et filles pour la protection et gestion durable de la faune et flore ». Là encore, la parole féminine s’est affirmée avec force et conviction.
Rachel Dzaringa, point focal genre, a rappelé que la femme, gestionnaire des ressources alimentaires, peut influencer les habitudes de consommation et contribuer à la lutte contre le braconnage. Elle a encouragé les participantes à depasser leur timidité et à s’exprimer davatange dans des réunions communautaires, rappelant que : « L’avis de la femme est capital à tous les niveaux de gestion et de décision. » Elle a illustré son propos par l’exemple inspirant de « maman Jeanne », chauffeur de tracteur au PNG, preuve que les femmes peuvent exercer des métiers traditionnellement réservés aux hommes.
Les échanges ont également mis en lumière l’équilibre entre droits et devoirs. Jolie Miancho, responsable de sauvegarde sociale, a insisté sur le devoir de transmettre les informations utiles pour renforcer la relation entre le Parc et les communautés. La juriste Chantal Sikuli a recadré les débats en s’appuyant sur la loi, donnant aux discussions une assise juridique solide.
Les invitées venues de l’extérieur ont enrichi le débat. Charlotte Kwadje, chef de service genre et famille du territoire de Faradje, a exprimé sa joie de découvrir Garamba et a recommandé d’organiser ces rencontres régulièrement. Christine Mboligihe, représentante de l’association Maman Boboto, a rappelé que « droits et devoirs marchent parallèlement » et que chaque femme doit sensibiliser sa famille et sa communauté à la préservation de la biodiversité. La visite au sanctuaire des rhinocéros a renforcé cette prise de conscience : voir ces animaux majestueux dans leur habitat naturel a donné un sens concret à la mission de protection.
Une célébration porteuse d’avenir
Ces célébrations traduisent une vision de conservation inclusive, où santé, droits et biodiversité s’unissent pour bâtir un avenir durable. En plaçant la femme au cœur de ses actions communautaires, Garamba démontre que l’engagement féminin est un puissant levier de changement. Rendues possibles grâce au Partenariat Public-Privé entre l’ICCN et African Parks, avec l’appui de l’Union Européenne, ces initiatives rappellent que l’égalité et l’inclusion sont des piliers essentiels pour un développement harmonieux.
Comme l’a rappelé Dr Patricia, « la santé est une affaire de tous ». Et à Garamba, ce mois de mars a prouvé que la voix des femmes est une force qui sauve, protège et construit. Rachel Dzaringa a conclu en lançant un appel vibrant : « Quand une femme se lève pour défendre la santé et la nature, c’est toute une communauté qui se met debout derrière elle. »
Par Richard Mumbere Kalayi, responsable de la communication