Haut-Uele : problématique Mbororo, quel prix doit payer la population pour recouvrer ses droits ?

La population de la province du Haut-Uele, dont l’activité principale reste l’agriculture, fait face depuis une décennie à une situation insupportable causée par la présence, l’envahissement et les menaces permanentes des éleveurs Mbororo.

Cette problématique constitue un souci majeur pour les habitants de cette région du nord-est de la République Démocratique du Congo.

Dans le territoire de Dungu, l’un des six territoires de la province, les Mbororo plongent la population dans une misère sans précédent. Les chefferies de Wando, Malingindo et Ndolomo sont touchées par cette menace depuis de nombreuses années. En chefferie Wando, la ligne autrefois directe reliant le Soudan du Sud aux groupements de Bitima, Ngwawele, Gbazi, Tongo-Tongo et Anduala est désormais inversée. Actuellement, on signale un envahissement massif de ces éleveurs qui prennent la direction de Niangara pour s’installer dans le territoire de Dungu, notamment dans les groupements Li-Ka, Kpele, Ngilima et d’autres.

Le village de Nagoyo témoigne d’une présence massive des Mbororo qui ont envahi cette entité.

« Nous avons un problème très sérieux au sein de notre village. Nous sommes envahis par les Mbororo, nos champs sont détruits, nos eaux polluées par leurs bêtes. Ce qui est grave, c’est qu’ils viennent parfois retirer nos biens par la force et nous imposent des prix. Face à cette situation, nous nous demandons pourquoi nos autorités nous ont abandonnés », témoigne un habitant du village Nagoyo.

Cette situation s’intensifie également dans d’autres groupements et villages tels que Kpele, Kapili, Bangadi et Kana, où l’on observe les mêmes difficultés.

« Les autorités nous appellent à travailler les champs, gages du développement. Mais comment pouvons-nous réussir avec l’agriculture en présence et sous la menace des Mbororo ? » s’interroge un habitant.

Dans la chefferie Malingindo, le chef de la chefferie, Sa Majesté Hermann Ibingo Sadi-Moke, appelle à une vigilance accrue face à cette situation qui bloque totalement le développement de sa région.

« Les Mbororo sont très agressifs dans les groupements Nakorda, Zigbi et Kpindi. Ils interdisent à la population de chasser, de pêcher et même de cultiver. Ils sont armés d’AK-47. C’est une situation que j’ai déjà rapportée aux autorités. Les salles de classe sont détruites par les Mbororo. Aujourd’hui, il est difficile pour les élèves paisibles d’étudier », déplore cette autorité coutumière.

La chefferie Ndolomo n’est pas épargnée non plus par cette problématique. Des personnes ont été tuées, des villages vidés de leur population, des champs détruits et des biens extorqués ou volés, le tout sous le silence absolu des autorités compétentes qui devraient mettre la population en priorité et trouver une solution adéquate face à cette situation qui n’est pas une nouveauté.

Une école détruite à Malingindo

Cependant, plusieurs questions demeurent sans réponse : Qui protège ces éleveurs au détriment de la population ? Quel prix la population doit-elle payer face à cette situation ? Faut-il que les habitants se prennent en charge eux-mêmes ? Jusqu’à quand cette situation va-t-elle perdurer ? Un peuple entier doit-il quitter son village au profit d’individus dont le statut n’est même pas connu ? La population doit-elle elle-même se prendre en charge ?

Ces préoccupations et questions doivent interpeller davantage les autorités sur leurs responsabilités et leur rôle à jouer au bénéfice de cette population qu’elles ont juré de servir.

Pierre Mungu

Articles connexes